La cyclothymie est un trouble de l’humeur relativement fréquent mais souvent sous-diagnostiqué. Moins sévère que la maladie bipolaire, elle peut néanmoins provoquer des difficultés personnelles et des tensions avec l’entourage. Comment la repérer pour mieux vivre avec ?
« Ce trouble de l’humeur est caractérisé par une alternance entre des périodes d’excitation (hypomanie) et des périodes subdépressives », informe le docteur François Pommier, professeur émérite de psychopathologie clinique à l’université Paris-Nanterre, psychiatre, psychanalyste et membre associé de la Société de psychanalyse freudienne. Il précise que ce trouble cyclothymique est « aux confins de la maladie bipolaire mais qu’il est beaucoup moins grave ». Pendant les périodes d’hypomanie, la personne peut présenter une humeur excessivement joyeuse, expansive ou irritée. Elle montre souvent une augmentation de son énergie, de son activité ou de sa productivité, accompagnée parfois d’impulsivité et de prises de risques. Lors des périodes de dépression modérée, elle devient triste, morose ou irritable. La motivation et l’énergie diminuent, la concentration se fragilise et la fatigue s’installe. Ces épisodes, qui durent généralement quelques jours, peuvent avoir des impacts sur la vie personnelle, sociale et professionnelle. On estime qu’elle touche environ 0,4 à 1 % de la population générale, avec une légère prédominance chez les femmes. Elle apparaît généralement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte.
La prise en charge de la cyclothymie
« L’instabilité de l’humeur et l’impulsivité peuvent parfois avoir des effets positifs. Certaines personnes savent les mettre à profit, par exemple dans des créations artistiques », explique François Pommier. Les personnes qui ne ressentent pas d’effets négatifs de leurs troubles d’humeur ne consultent généralement pas. « C’est souvent l’entourage qui remarque et signale cette instabilité », souligne le médecin. Sans traitement approprié, le trouble cyclothymique peut évoluer dans un certain nombre de cas vers un trouble bipolaire de type II, caractérisé par des épisodes d’hypomanie et de dépression majeure. Le traitement médicamenteux (stabilisateurs de l’humeur, anxiolytiques) n’est pas forcément nécessaire pour le trouble cyclothymique. « Des entretiens avec un professionnel de la santé mentale peuvent aider la personne à comprendre pourquoi elle réagit de cette façon-là et comment infléchir son comportement », conseille le docteur Pommier. L’objectif est que la personne puisse contrôler suffisamment son trouble de l’humeur pour ne pas subir d’effets délétères. Des mesures d’hygiène de vie aident à mieux contrôler cette instabilité, par exemple pratiquer une activité physique régulière, maintenir un rythme de sommeil stable et une alimentation équilibrée, réduire la consommation d’alcool et adopter des stratégies de gestion du stress.
L’importance de l’entourage
Les proches jouent un rôle essentiel en observant les signes avant-coureurs de changements d’humeur sans jugement, afin de détecter les phases d’hypomanie ou de subdépression. Ils peuvent également encourager le maintien d’une hygiène de vie stable ou accompagner la personne dans son suivi médical ou psychothérapeutique. La psychoéducation, proposée dans les hôpitaux psychiatriques, les centres médico-psychologiques (CMP) ou par certains thérapeutes, ainsi que les groupes de soutien peuvent également aider les proches à mieux comprendre le trouble et à adopter une attitude adaptée au quotidien.
Grand Manuel des addictions – Approches clinique, psychopathologique et psychanalytique, de Marjorie Roques et François Pommier, Dunod, novembre 2025.
Quelle différence avec les troubles bipolaires ?
Les troubles bipolaires sont des troubles psychiatriques caractérisés par l’alternance de phases maniaques ou hypomaniaques et de phases dépressives. Il s’agit de l’une des pathologies psychiatriques les plus graves, qui peut conduire notamment à un isolement social, à des difficultés scolaires ou professionnelles, à des conduites dangereuses (sexuelles, financières), à des addictions, à des insomnies quasi quotidiennes et, pour la moitié des patients, à des tentatives de suicide.
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La cyclothymie est un trouble de l’humeur souvent sous-diagnostiqué. Moins sévère que la maladie bipolaire, elle peut néanmoins provoquer des difficultés personnelles. Comment la repérer pour mieux vivre avec ? Éclairage avec le docteur François Pommier, psychiatre, psychanalyste et membre associé de la Société de psychanalyse freudienne.
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