Le « brain rot » désigne l’impact de la surconsommation de contenus numériques de faible qualité sur notre cerveau. Le flux continu de vidéos de courte durée pourrait notamment influer sur nos facultés de concentration.
En 2024, l’université d’Oxford élit l’expression anglaise brain rot « mot de l’année ». Ces termes, que l’on pourrait traduire par « pourrissement cérébral », font référence au déclin intellectuel lié à la consommation sans limite et sans exigence de qualité de contenus numériques de toutes sortes.
Des vidéos « pauvres » qui captent notre cerveau
« Lorsque l’on parle de brain rot, on fait surtout référence à ces contenus ou séries générés en masse par l’intelligence artificielle qui mettent en scène, dans des épisodes qui évoquent la téléréalité, des objets, des fruits ou encore des personnages loufoques », explique Sylvie Chokron, neuropsychologue, directrice de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), et auteure de l’ouvrage Dans le cerveau de…, paru aux Presses de la cité.
Or, regarder à outrance ces vidéos pose question. « Le problème n’est pas juste de consommer des contenus peu intéressants, c’est surtout d’avoir notre attention aimantée, développe la chercheuse. Nous n’exerçons plus de choix, de jugement critique, nous sommes totalement passifs, nous n’utilisons quasiment que notre perception visuelle et auditive, et parfois quelques émotions de base, comme le dégoût, la joie, la colère ou la peur. »
Conséquences sur la santé, à tout âge
« Pour maintenir nos capacités cognitives, nous avons besoin d’être stimulés sur le plan intellectuel, soutient la spécialiste. Or, ces contenus ne le permettent pas et ont pour conséquence d’appauvrir au fur et à mesure notre cerveau. » On assiste alors à un « abrutissement numérique » : difficulté à lire longtemps, perte de concentration, besoin constant de stimulation, incapacité à rester éloigné de son téléphone… « Le problème est lié à la fois à la passivité, à la pauvreté sur le plan cognitif, à l’insuffisance de mise en jeu de fonctions élaborées et à l’absence de choix », résume Sylvie Chokron.
Le brain rot est généralement associé aux adolescents et aux jeunes adultes (de 18 à 25 ans), chez qui le phénomène est particulièrement inquiétant. Il intervient en effet à une période de la vie où leur cerveau est en plein développement. « À cet âge, celui-ci n’est pas mature, indique la chercheuse. Les jeunes ont donc besoin, pour que toutes leurs fonctions cognitives se mettent en place correctement, de les entraîner. » Mais le brain rot concerne en réalité tout le monde, aussi bien les adultes que les seniors.
Reprendre le contrôle de notre attention
Même si leurs conséquences sont particulièrement préoccupantes, la spécialiste ne préconise pas de bannir totalement ces vidéos pour autant. « On peut regarder ces contenus de temps en temps, à petite dose, en étant conscient que c’est comme si on anesthésiait son cerveau, mais il ne faut surtout pas passer des heures chaque jour à ne faire que cela », précise-t-elle.
En complément, il est recommandé d’être plus sélectif sur les contenus que l’on consomme et de limiter son temps d’écran. Mais la chercheuse conseille surtout de réengager son cerveau en lui proposant des passe-temps hors ligne. « Il faut continuer à avoir des activités cognitives de qualité : avoir de véritables interactions sociales, débattre, discuter, lire, apprendre, raisonner, critiquer, admirer, contempler, pratiquer une activité artistique…, liste-t-elle. En d’autres mots, utiliser son cerveau qui est le seul organe qui s’use si l’on ne s’en sert pas ! »
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Le « brain rot » désigne l’impact de la surconsommation de contenus numériques de faible qualité sur notre cerveau. Le flux continu de vidéos de courte durée pourrait en effet influer notamment sur nos facultés de concentration. Explications de Sylvie Chokron, neuropsychologue et directrice @cnrs.fr #BrainRot #Neurosciences #SantéMentale #RéseauxSociaux


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