Le surdiagnostic médical : quelles conséquences ?

Et si dépister trop tôt pouvait parfois faire plus de mal que de bien ? Derrière les promesses de la médecine préventive se cache une réalité moins connue, le surdiagnostic, avec des traitements parfois lourds et pas toujours nécessaires.

« Le surdiagnostic médical désigne la détection par n’importe quel moyen d’un potentiel problème de santé qui, au final, ne serait jamais apparu comme maladie avec des symptômes », explique le docteur Philippe Autier, épidémiologiste et spécialiste du cancer, cofondateur de l’International Prevention Research Institute de Lyon. Il est lié soit au dépistage, qui vise à identifier une maladie avant tout symptôme clinique, soit à une détection très précoce, au stade de signes encore discrets. « Le surdiagnostic concerne des maladies qui ne se seraient pas manifestées du vivant de la personne en l’absence de dépistage, en raison soit d’une évolution très lente, soit d’une régression de la lésion, soit d’un décès pour une autre cause avant sa détection clinique », précise Agnès Rogel, épidémiologiste à la Direction des maladies non transmissibles et traumatismes – unité Cancer, à Santé publique France. De nombreuses maladies peuvent donner lieu à ce surdiagnostic, mais les cancers qui font l’objet d’un dépistage sont particulièrement en cause. Le paradoxe du dépistage est donc le suivant : un outil conçu pour sauver peut aussi exposer à des interventions inutiles.

Une arme à double tranchant

Dans le cancer de la prostate, une part importante des tumeurs détectées par le dosage du PSA correspond à des formes à très faible risque, parfois estimées entre 60 % et 75 % selon les études. Les travaux d’autopsie montrent par ailleurs qu’environ un tiers des hommes de 75 ans présentent des cellules cancéreuses prostatiques sans en avoir jamais souffert. Pour le cancer du sein, la part de surdiagnostic liée au dépistage mammographique est généralement estimée entre 1 % et 10 %, certaines analyses avançant des chiffres pouvant atteindre 30 % à 35 %. Selon un travail de modélisation, près de 7 cancers de la thyroïde sur 10 diagnostiqués chez les femmes ces dernières années pourraient relever du surdiagnostic, c’est-à-dire qu’ils n’auraient jamais entraîné de maladie visible ni mis la vie en danger*. Concernant l’hypothyroïdie, une proportion non négligeable de diagnostics correspond à des formes modérées ou transitoires qui n’auraient pas nécessairement requis de traitement.

Le surdiagnostic a des conséquences lourdes pour les patients : effets indésirables liés aux surtraitements, altération de la qualité de vie, anxiété provoquée par l’annonce d’un diagnostic. « Les cancers du sein in situ, découverts lors des examens de dépistage, entraînent la réalisation d’actes chirurgicaux, de radiothérapie, parfois de chimiothérapie alors même que ce ne sont pas des cancers invasifs et que le corps médical n’est pas d’accord sur la conduite à tenir », cite en exemple le docteur Autier. Agnès Rogel souligne par ailleurs que « le surdiagnostic perturbe les connaissances épidémiologiques de la maladie ». En effet, cela modifie artificiellement l’incidence observée.

Surdiagnostic médical : quelles solutions ?

L’enjeu n’est pas de renoncer au dépistage mais d’en reconnaître les limites, d’informer clairement sur ses bénéfices et ses risques et de privilégier, lorsque cela est possible, des stratégies de surveillance active afin d’éviter des traitements inutiles. Encore faut-il disposer de données solides pour orienter ces choix. « Un essai randomisé est en cours en Angleterre afin d’évaluer si certains cancers du sein in situ, détectés lors du dépistage, doivent être traités ou faire l’objet d’une simple surveillance », indique le docteur Autier. Dans le cancer de la prostate, de nouvelles approches, comme l’IRM associée à des biopsies ciblées, pourraient réduire le surdiagnostic. « L’approche qui pourrait avoir une balance bénéfice-risque positive serait une stratégie très personnalisée, associant dosages sanguins, IRM et stratification selon le niveau de risque », précise Agnès Rogel. Des travaux internationaux sont en cours pour affiner ces modalités et mieux identifier les profils réellement à risque. L’objectif ? Passer d’un dépistage standardisé à une médecine plus individualisée, capable de réduire le surdiagnostic sans renoncer aux bénéfices du diagnostic précoce.

* « Temporal and geographical variations of thyroid cancer incidence and mortality in France during 1986-2015: The impact of overdiagnosis », Li et al., in Cancer Epidemiol., déc. 2021.

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Et si dépister trop tôt pouvait parfois faire plus de mal que de bien ? Le #Surdiagnostic détecte des maladies qui ne se seraient jamais manifestées, exposant à des traitements lourds, chirurgies ou radiothérapies inutiles. Pour le #Cancer du sein, de la prostate ou de la thyroïde, une partie des diagnostics précoces pourrait relever du surdiagnostic. Les explications du Dr Philippe Autier @InternationalPreventionResearchInstitute et d’Agnès Rogel @SantéPubliqueFrance.


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