Prise en charge de l’AVC : la France peut mieux faire

Chaque année, 160 000 Français sont touchés par un accident vasculaire cérébral. Avec parfois des séquelles graves, associées à un coût social et économique élevé. La Cour des comptes a publié un rapport sur les faiblesses dans le parcours de soins. 

« Le nombre de cas va augmenter de l’ordre de 50 % d’ici 2050 », alerte le professeur Yannick Béjot, vice-président de la Société française neurovasculaire et professeur de neurologie au CHU Dijon Bourgogne. L’âge étant un facteur de risque important, le vieillissement de la population devrait donc entraîner cette hausse redoutée des accidents vasculaires cérébraux (AVC) et accidents ischémiques transitoires (AIT). Actuellement, environ 160 000 personnes sont concernées chaque année en France.

Un rapport de la Cour des comptes, publié fin 2025, alerte sur une prise en charge des patients à améliorer. « Il pointe avant tout les difficultés d’accès aux unités neurovasculaires (UNV), reprend le Pr Béjot. Mises en place depuis une vingtaine d’années, celles-ci réduisent le risque de décès ou de séquelles. Mais seul un patient sur deux y est admis. »

En cause, des disparités territoriales. Plus de 130 UNV sont réparties en France, mais l’accès reste difficile, notamment en zone rurale, ou lorsque le nombre de lits est insuffisant. À titre de comparaison, en Allemagne, 74 %1 des victimes d’AVC sont admises en unités spécialisées (chiffres 2019). « L’ambition des sociétés savantes européennes est d’atteindre 90 % en 2030. »

Une course contre la montre

La forme la plus fréquente des AVC (80 % à 85 % des cas) est l’infarctus cérébral : une artère se bouche. Elle est d’ordinaire traitée par thrombolyse – l’injection d’un médicament capable de dissoudre le caillot. « Depuis dix ans, la thrombectomie complète nos traitements, explique le Pr Yannick Béjot. Cette technique consiste à remonter un cathéter dans l’artère occluse pour retirer le caillot. En France, le taux de personnes traitées ainsi reste inférieur à celui d’autres pays voisins. »

Pourquoi ? Des délais de prise en charge trop importants, des structures insuffisantes et un manque de neurologues en France. Dans l’idéal, un traitement par thrombolyse devrait être effectué dans les quatre heures trente après le début des symptômes, celui par thrombectomie dans les six heures. En cas de déficit ou de perte d’une fonction neurologique, un appel rapide au 15 par la personne touchée ou son entourage est essentiel dans cette course contre la montre.

L’apport de la télé-AVC

La Cour des comptes recommande le développement de la télé-AVC. Lorsqu’un patient réside loin d’une unité spécialisée, il peut se rendre dans l’hôpital le plus proche. À distance, un neurologue peut analyser son imagerie cérébrale et, si besoin, décider d’un traitement par thrombolyse. Mais ce système ne permet pas le développement de la thrombectomie, qui nécessite un plateau technique.

Autre alerte lancée par la Cour des comptes : près d’un tiers des patients qui en auraient besoin ne bénéficie pas d’une rééducation adaptée. Certains conservent un handicap après l’AVC (déficit de la force, troubles du langage, de la marche, etc.) ; stimuler les fonctions perdues permet au cerveau de recréer des réseaux. Mais les lits manquent dans les centres de rééducation. De nombreuses personnes pourraient être suivies à domicile et le rapport souligne l’intérêt de cette alternative. « Le parcours de soins doit être repensé », souligne le Pr Yannick Béjot. 

1 D. Richter et al. “Acute ischemic stroke care in Germany – further progress from 2016 to 2019” in Neurology Research and Practice, 2021;3:44.

Agir sur les facteurs de risque
« Entre 80 % et 90 % des AVC pourraient être évités car ils sont liés à des facteurs de risque modifiables », rappelle le Pr Béjot. En premier lieu, l’hypertension artérielle, maladie silencieuse détectable uniquement par la prise de tension. Le risque augmente aussi en cas de diabète, d’hypercholestérolémie ou de tabagisme. L’obésité, la sédentarité, une alimentation pauvre en fruits et légumes, ainsi que la consommation de drogues jouent également un rôle. « Il faut renforcer la prévention et le dépistage », insiste le spécialiste.

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Chaque année, 160 000 personnes sont victimes d’un accident vasculaire cérébral. Accès aux unités spécialisées, délais de traitement, thrombectomie, rééducation : le parcours de soins présente encore des faiblesses. Le Pr Yannick Béjot, neurologue #CHUDijonBourgogne, nous explique les enjeux et rappelle un chiffre essentiel : 80 à 90 % des AVC pourraient être évités en agissant sur les facteurs de risque. À lire dans notre article !
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