La gestion de la douleur a évolué. En 2025, un nouvel antalgique, la suzétrigine, a été mis sur le marché aux États-Unis mais ce sont surtout les techniques de neuromodulation qui ont permis à l’algologie de faire un bond de géant !
Douze millions de Français souffrent de douleurs chroniques modérées à sévères et la douleur est le premier motif de consultation aux urgences et chez les médecins généralistes ! Parfois insupportables, elles peuvent être sources de handicap, d’isolement et de souffrances physiques et morales importantes.
Leur prise en charge repose notamment sur les médicaments antalgiques (paracétamol, aspirine, codéine, tramadol, antiépileptiques, antidépresseurs et dérivés de la morphine) mais ce domaine n’a pas connu d’évolution majeure récemment. « Il n’y a eu aucune innovation pharmacologique majeure depuis l’arrivée sur le marché de la prégabaline [médicament antiépileptique principalement prescrit pour traiter les douleurs neuropathiques, NDLR] il y a une trentaine d’années », explique en effet le Dr Marc Lévêque, neurochirurgien, spécialiste de la douleur et auteur de l’ouvrage Libérons-nous de la douleur (éditions Buchet-Chastel). En janvier 2025, la suzétrigine – un antalgique non opioïde commercialisé sous le nom de Journavx – a cependant été approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis. Indiquée pour les douleurs aiguës modérées à sévères, elle stopperait le message de la douleur avant qu’il n’arrive au cerveau en bloquant un canal dans les nerfs en périphérie du corps, et aurait peu d’effets secondaires.
Cependant, sa mise sur le marché américain est encore très récente et aucune demande d’autorisation n’a été déposée auprès de l’Agence européenne des médicaments (EMA) pour une commercialisation en Europe. « Pour l’instant, nous ne disposons pas d’assez de recul pour juger de son efficacité », indique le docteur Levêque qui insiste plutôt sur les progrès faits dans le domaine des techniques non médicamenteuses.
Des technologies de pointe pour soulager
« La prise en charge de la douleur a été boostée par la neuromodulation », précise en effet le spécialiste. Elle est basée sur l’utilisation de signaux électriques de faible intensité pour stimuler des nerfs, la moelle épinière ou le cerveau. En font partie la stimulation magnétique transcrânienne (TMS), la stimulation médullaire ou la neurostimulation électrique transcutanée (TENS) qui se distinguent par leur mécanisme d’action et leur caractère invasif.
La première, la stimulation magnétique transcrânienne, est une méthode non invasive réalisée en milieu médical. Elle consiste à appliquer des impulsions magnétiques indolores à la surface du crâne par l’intermédiaire d’une bobine, afin de stimuler des zones précises du cortex cérébral. La deuxième, la stimulation médullaire, nécessite une intervention chirurgicale et consiste à implanter chirurgicalement des électrodes dans l’espace épidural le long de la moelle épinière pour y délivrer un faible courant électrique. Enfin, la neurostimulation électrique transcutanée délivre un faible courant électrique à travers la peau grâce à des électrodes reliées à un boîtier, et permet de bloquer les messages douloureux au niveau des fibres nerveuses périphériques.
« Ces techniques qui bénéficient des dernières avancées technologiques ont fait faire un bond de géant à la prise en charge de la douleur. On peut ainsi soulager les douleurs liées à la fibromyalgie grâce à la TMS, les souffrances neuropathiques grâce à la stimulation médullaire et celles provoquées par l’arthrose avec la TENS, résume le docteur Lévêque. Le problème, si l’on prend l’exemple de la TENS, c’est que moins de 5 % des patients qui pourraient en bénéficier y ont accès. Autant les morphiniques peuvent être prescrits par n’importe quel médecin, autant les techniques de neuromodulation doivent l’être, le plus souvent, dans des structures douleur chronique (SDC), dont le nombre est insuffisant en France ». Le neurochirurgien insiste également sur le développement des approches non médicamenteuses. « On peut citer l’activité physique adaptée, la méditation, les thérapies cognitives et comportementales (TCC) ou la musicothérapie qui sont conseillées pour prendre en charge les douleurs chroniques. Efficaces, elles n’ont que des effets désirables ! », conclut-il.
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12 millions de Français souffrent de douleurs chroniques. Comment mieux les soulager ? Entre innovations thérapeutiques, techniques de neuromodulation (TMS, TENS) et approches non médicamenteuses, l'algologie fait de grands progrès. Découvrez les explications du Dr Marc Lévêque, neurochirurgien et auteur de Libérons-nous de la douleur @editions.buchetchastel
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