Révolution écologique au bloc opératoire ?

Grands consommateurs d’énergie et producteurs de déchets, les hôpitaux ont une lourde empreinte écologique et les blocs opératoires sont responsables de 40 % de leurs émissions de gaz à effet de serre. Il existe cependant des pistes d’amélioration à développer.

Les chiffres sont sans appel : le secteur de la santé produit environ 8 % des émissions françaises de gaz à effet de serre et les établissements de santé sont responsables de 38 % d’entre elles, selon le groupe de réflexion Shift Project. « Les principaux postes de gaz à effet de serre sont les médicaments et les dispositifs médicaux qui représentent près de 50 % de l’ensemble. L’énergie consommée représente environ 10 à 15 % tout comme les transports. Par service, ce sont les blocs opératoires qui sont les plus carbonés », explique Laurie Marrauld, maître de conférences à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et spécialiste de la transformation des organisations de la santé.

L’hôpital a donc un impact lourd sur l’environnement, mais des solutions existent pour réduire cette empreinte écologique. « Il faut tout d’abord revoir le système des gaz d’anesthésie qui, en plus d’être polluants, fuient en grande quantité et les remplacer par des gaz moins réchauffants. Il faut aussi penser anesthésie locale quand c’est possible et privilégier les anesthésies par intraveineuse », indique Laurie Marrauld. Les autres postes d’amélioration concernent l’utilisation de systèmes de refroidissement moins consommateurs et moins émissifs de gaz frigorigènes, le recours à des produits réutilisables et le remplacement, lorsque c’est possible et pertinent, des inhalateurs à base de gaz propulseur par des inhalateurs de poudre sèche. « Il serait aussi judicieux de revoir les systèmes de chauffage et l’isolation des bâtiments et de modifier les horaires d’intervention ou de travail en période caniculaire, notamment pour le personnel non médical », ajoute-t-elle. Les autres voies d’action reposent sur la mise en place de capteurs pour évaluer les performances des installations et le choix d’un éclairage adapté en fonction des schémas d’occupation et des niveaux de lumière du jour.

Des projets à mener sur le long terme

Pour que l’hôpital devienne plus écologiquement responsable, une révolution dans la durée semble nécessaire. « Les pratiques écoresponsables se développent (diagnostics d’impacts, scénarios prospectifs, mesures de décarbonation, mesures d’adaptation) et l’enjeu est désormais davantage de les maintenir sur du long terme et de faire grandir les communautés d’agissants au sein du secteur, comme tente de le faire aujourd’hui l’EHESP avec l’aide de la direction générale de l’offre de soins (DGOS) dans le cadre du programme de formation et d’accompagnement Transition en santé : agir et former », explique Laurie Marrauld. Cette formation s’adresse aux professionnels en établissement public de santé. Elle a pour objectif de les aider à porter des projets pour diminuer l’impact environnemental et augmenter la robustesse de leurs structures.

L’implication de ces professionnels est en effet indispensable pour que l’hôpital poursuive sa mutation écologique. « Les soignants sont sensibles au sujet de la santé-environnement et certaines unités, notamment dans les maternités, ont été pionnières, mais c’est bien l’ensemble des professionnels de santé qui a un intérêt pour ces questions. Les managers de la santé, soignants et non-soignants, comprennent de mieux en mieux les enjeux de soutenabilité pour l’hôpital face aux crises environnementales en cours et à venir. Leur volonté d’anticipation des situations sanitaires exceptionnelles et d’amélioration de l’accès et de la qualité des soins est aussi un levier majeur », conclut Laurie Marrauld. 

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Les hôpitaux représentent près de 8 % des émissions de gaz à effet de serre en France et les blocs opératoires à eux seuls génèrent 40 % des émissions hospitalières. Pourtant, des solutions existent : réduction des gaz anesthésiants polluants, équipements réutilisables, optimisation énergétique ou encore meilleure adaptation des bâtiments. Explications de Laurie Marrauld, spécialiste de la transformation des organisations de santé @EHESP.
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