Le décès d’un conjoint, parent ou ami proche entraîne une souffrance et des bouleversements psychiques. Si ce processus est universel, il peut, chez certaines personnes, s’installer dans la durée. Qu’est-ce que le trouble du deuil prolongé ? Quelles sont les prises en charge ?
« Il s’agit d’un des événements les plus douloureux de l’existence », admet Éric Bui, professeur de psychiatrie à l’université de Caen – CHU Caen, responsable du Centre régional du psychotrauma de Normandie. Après la perte d’un proche, une détresse profonde peut altérer le fonctionnement social ou professionnel : c’est la phase de « deuil aigu ». Avec le temps, elle diminue. Mais lorsqu’elle persiste avec la même intensité au-delà de six mois pour les enfants et adolescents, ou douze mois pour les adultes, on parle de trouble du deuil prolongé.
Ce terme a fait son entrée dans la classification internationale des maladies de l’OMS en 2018 et dans le manuel de référence des troubles mentaux (DSM-5) en 2022, ce qui facilite sa prise en charge. Mais il fait débat, car certains spécialistes craignent que l’on considère le deuil comme une maladie et n’adhèrent pas à cette distinction sur la durée des symptômes.
L’apport des thérapies
Selon une étude du Crédoc1, le trouble du deuil prolongé concernerait 11 % des endeuillés. Certains profils présentent plus de risques que d’autres : un décès violent, le lien avec le défunt (enfant ou partenaire de vie), les antécédents psychiatriques et traumatiques, les sources de stress, le faible soutien social, le fait d’être une femme…
Afin que la personne endeuillée puisse à nouveau se projeter dans l’avenir, la psychothérapie constitue le traitement de référence. La psychiatre américaine Katherine Shear a développé la Thérapie du deuil prolongé, en 16 séances. « Son efficacité a été prouvée par trois larges essais randomisés, reprend Éric Bui. On commence tout juste à former des professionnels en France. Certaines études montrent aussi l’intérêt des thérapies comportementales et cognitives, même si on manque encore de données à large échelle. »
Des recherches pour améliorer la prise en charge
Côté médicaments, aucun n’a prouvé son efficacité pour traiter le trouble lui-même, mais ils peuvent être prescrits pour l’anxiété ou la dépression. « Les circuits cérébraux de la douleur émotionnelle et physique étant proches, des chercheurs testent aussi des antalgiques pour traiter le trouble du deuil prolongé, ajoute Éric Bui. D’autres s’intéressent aux molécules contre les addictions. »
La neuro-imagerie s’attelle, quant à elle, à confirmer les marqueurs biologiques de ce trouble. Par exemple, une étude récente2 suggère qu’il s’accompagne de modifications de certaines connexions cérébrales liées à l’attention, à la mémoire et à la régulation émotionnelle. La recherche se concentre par ailleurs sur l’amélioration des psychothérapies et leur simplification, pour qu’elles puissent être accessibles au plus grand nombre. Peu de professionnels sont formés actuellement sur le sujet particulier du deuil.
1 « Les Français face au deuil », Baromètre sur le vécu du deuil (4e éd°), Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) et association Empreintes, octobre 2025.
2 “Resting-state functional connectivity of the rostral and dorsal anterior cingulate cortex in older bereaved adults”, Le François, T. et al., Journal of affective disorders, vol. 385, septembre 2025.
Les symptômes selon le DSM-5
- Perturbation de l’identité (sentiment qu’une partie de soi est morte)
- Incrédulité marquée face au décès et évitement des rappels de la perte
- Douleur émotionnelle intense (colère, amertume, tristesse)
- Difficulté à se réengager dans la vie et engourdissement émotionnel
- Sentiment que la vie n’a plus de sens et solitude intense
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Perdre un proche est une épreuve universelle. Mais parfois la douleur persiste et empêche d’avancer. On parle alors de trouble du deuil prolongé. Reconnu récemment, il touche environ 11 % des endeuillés. Des thérapies existent et la recherche progresse pour mieux accompagner ces parcours fragiles.
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